Comment j’ai vécu le krach boursier du Covid

krach boursier

Quand l’inconnu s’invite dans le quotidien

Il y a des moments dans une vie d’investisseur que l’on n’oublie jamais. Non pas parce qu’ils ont été brillants, mais parce qu’ils ont été violents, confus, et profondément humains. Début 2020 fait partie de ces moments-là.

Au départ, ce n’était qu’une information lointaine. Une maladie étrange. Un virus apparu à l’autre bout du monde. Un fait divers sanitaire, croyait-on.
Puis, en quelques semaines, le mot pandémie est entré dans notre vocabulaire quotidien. Le virus se propageait vite. Très vite.
Les images arrivaient en continu : hôpitaux saturés, frontières fermées, villes désertes.
L’incertitude s’installait partout, dans les conversations, dans les médias, dans les regards.

Et avec elle, une autre inquiétude, plus silencieuse mais tout aussi lourde : l’inquiétude financière.

Personne ne savait combien de temps cela allait durer, quel serait l’impact sur l’économie, si certaines entreprises survivraient, ni même si le système tiendrait.
Les scénarios catastrophes, à l’image de films de science-fiction se dessinaient.

Mars 2020 : la sidération

Puis vint le mois de mars. En l’espace de quelques jours, la majorité des gouvernements occidentaux annoncèrent des mesures inédites : le confinement généralisé.
Avec pour conséquence des économies entières mises à l’arrêt. Des avions cloués au sol, des commerces fermés et des millions de personnes assignées à résidence. Il n’en fallait pas plus pour que les marchés financiers paniquent.

En quelques semaines, les grandes places boursières mondiales chutèrent de plus de 30 %.
Le CAC 40, le S&P 500, le Dow Jones… tous plongèrent avec une violence rarement observée en temps de paix. Ce n’était pas une baisse progressive. C’était une chute brutale, presque verticale.

Mon portefeuille face à la tempête

À ce moment-là, mon portefeuille était largement investi en actions. Une bonne partie de mon patrimoine reposait sur les marchés boursiers.

Jusqu’ici, tout allait bien. Malgré quelques déconvenues, les années précédentes avaient été favorables.
Les plus-values latentes s’étaient accumulées lentement, presque discrètement. Puis, en quelques jours, tout s’est effacé.

Ce qui avait mis des années à se construire disparaissait sous mes yeux, séance après séance. Les chiffres devenaient rouges et le portefeuille passait en perte.

Et avec la baisse venait une question simple, brutale, inévitable :Qu’est-ce que je fais maintenant ?

Deux choix. Rien de plus.

Face à une chute aussi rapide et violente, les options étaient finalement très limitées.

Option 1 : tout vendre

Couper. Sortir. Se mettre en sécurité.
Transformer une perte latente en perte réelle, mais retrouver une forme de contrôle.

Option 2 : tout garder

Ne rien faire. Accepter la volatilité. Et espérer que le temps joue en ma faveur.
Il n’y avait pas de troisième voie confortable. En tout cas, à ce moment-là, je n’en voyait pas d’autre.

Le bruit extérieur

Comme souvent dans ces moments-là, les voix extérieures se multiplient. Les conseils de tous les experts autoproclamés abondent. Autour de moi, les avis étaient tranchés.
Certains disaient : “Il faut vendre. Ce n’est que le début. On va vers une crise majeure.”
Tandis que d’autres affirmaient au contraire : “C’est les soldes. C’est maintenant qu’il faut acheter massivement.”

Deux discours bien opposés. Deux certitudes. Et moi, je me retrouvais avec mon propre contexte financier au milieu, avec mes doutes.
La vérité, c’est que personne ne savait. Ni les experts, ni les journalistes, ni les investisseurs chevronnés. L’incertitude était totale.

Le choix de l’immobilité

Face à cette tempête, j’ai fait un choix qui peut sembler passif, mais qui ne l’était pas tant que ça : j’ai décidé de conserver mes positions et d’attendre de meilleurs jours.
Pourquoi ? Parce que la chute avait été extrêmement rapide, vendre signifiait acter une perte importante et surtout, parce que mon horizon d’investissement était long. J’avais maintenant une épargne de précaution qui me permettait de voir venir. Je n’avais pas besoin, à court terme, de cet argent.

Je n’ai pas cherché à être héroïque ni à être le plus malin. J’ai simplement estimé que prendre une décision sous le coup de la panique était plus risqué que de ne pas en prendre.

Le regret silencieux : ne pas renforcer

En revanche, il y a une chose que je n’ai pas faite… et que je n’ai pas osé faire. Je n’ai pas réinvesti.

J’entendais certains parler “d’opportunité historique”. De marchés bradés et de valorisations redevenues attractives.

Mais le contexte était trop anxiogène pour moi et les perspectives trop floues.
Et surtout, je n’avais pas suffisamment de liquidités prêtes à être investies.

J’ai donc choisi l’attente. Une attente prudente et silencieuse. Bizarrement, je n’ai pas eu de mal à dormir malgré mes positions dans le rouge. Sans doute parce que le monde était peut être en train de basculer et que nous avions d’autres sources de préoccupation.

Le temps, encore une fois

Puis, presque contre toute attente, le marché a commencé à se redresser.

Les banques centrales sont intervenues massivement. Les États ont injecté des milliards dans les économies (« le quoi qu’il en coute » par exemple). Les entreprises se sont adaptées et progressivement, les indices ont remonté.

Avant la fin de l’année 2020, une grande partie des pertes avait été effacée. Mon portefeuille, que je croyais durablement abîmé, s’en est finalement très bien sorti et la plupart des positions sont revenues dans le vert.

Le bilan, avec le recul

Avec le recul, cette période m’a appris plusieurs choses fondamentales.

1. J’ai bien fait de ne pas vendre

La panique est une mauvaise conseillère. Conserver mes positions m’a évité de cristalliser des pertes qui se sont révélées temporaires.
J’ai d’ailleurs découvert les sujets d’économies comportementales, un thème passionnant que je vous partagerai prochainement.

2. Le temps est un allié puissant

Même dans un contexte inédit, le long terme a fini par reprendre ses droits. Je le répète souvent, j’en ai même fait un article ICI.

3. J’aurais dû renforcer

C’est le point le plus délicat à admettre. Oui, j’aurais pu faire mieux et profiter davantage de la reprise.
Mais pour cela, il m’aurait fallu deux choses essentielles des liquidités disponibles et un peu plus de courage (il faut le reconnaître).

La leçon la plus importante

Ce que je retiens avant tout de cette expérience, ce n’est ni la peur, ni la perte temporaire, ni même le rebond.

C’est d’avoir des liquidités prêtes à être investies (pour profiter, raisonnablement des soldes), d’avoir une épargne de précaution (pour ne pas subir la volatilité des marchés) mais aussi que, parfois, ne rien faire est la meilleure décision.

Ces éléments permettent de ne pas vendre dans la panique, de saisir des opportunités quand elles se présentent et de transformer une crise en occasion, plutôt qu’en traumatisme.

Mars 2020 restera comme un moment historique. Un choc sanitaire, économique et psychologique pour le monde entier.
Ce jour-là, je n’ai pas été parfait. Mais j’ai été cohérent avec mes positions et ma stratégie.
Et en investissement, comme souvent dans la vie, la cohérence sur la durée vaut mieux que l’intelligence dans l’instant.


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