J’ai toujours adoré la finance et la finance personnelle.
Très tôt, bien avant de disposer d’un capital significatif, je lisais des livres, des forums, des analyses. À une époque où d’autres rêvaient de voitures ou de voyages, moi je rêvais de graphiques, de rendements et de liberté financière.
Vers l’âge de 20 ans, une idée s’est imposée assez naturellement : investir en bourse.
Pas pour préparer tranquillement ma retraite. Pas pour faire fructifier un patrimoine sur 30 ans.
Non. Je voulais gagner rapidement de l’argent.
À l’époque, je nourrissais une ambition que je qualifierais aujourd’hui de naïve, mais qui me semblait parfaitement réaliste : devenir un trader capable de générer 1 % de rendement par jour. Avec les intérêts composés, je vous laisse faire le calcul du potentiel et de la difficulté d’une telle ambition.
Sur le papier, cela paraissait presque mathématique. Avec un peu de discipline, quelques bons indicateurs, et beaucoup de motivation, pourquoi pas ? Avec le recul, je souris. Mais sur le moment, j’y croyais sincèrement.
Les débuts : l’euphorie des premiers gains
Comme beaucoup de débutants, j’ai commencé doucement.
De petites sommes. Des positions modestes. Des paris prudents… en apparence. Et très vite, les premiers résultats sont arrivés. Quelques dizaines d’euros gagnés ici et là.
Rien de spectaculaire, mais suffisamment pour déclencher quelque chose de très dangereux : la confiance excessive.
Chaque gain venait confirmer une idée que je me faisais sans vraiment la formuler : “Je suis fait pour ça.”
Je ne voyais pas encore que ces gains étaient en grande partie dus à un marché favorable, à la chance et à des positions encore trop petites pour réellement me mettre en difficulté.
Mais dans ma tête, une équation simple s’installait graduellement. Il me fallait plus d’argent pour multiplier les gains.
Le levier : l’illusion de l’accélérateur
Sans capitaux mais avec l’envie d’aller plus vite il me fallait augmenter l’exposition.
Et pour augmenter l’exposition sans avoir plus d’argent… il existe une solution séduisante : le levier.
J’ai commencé par le SRD, avec un levier de 3. Puis, assez rapidement, je me suis intéressé aux options, où le levier pouvait dépasser 10, parfois largement.
Sur le papier, c’était grisant : peu de capital engagé, un potentiel de gains décuplé et la sensation de jouer dans la cour des grands.
Dans la réalité, le scénario a toujours été le même.
Toujours. Sans exception.
Avec le SRD, mon capital a été progressivement érodé. Tandis qu’avec les options, j’ai tout simplement perdu l’intégralité du capital engagé. Pas une fois ou deux mais presque à chaque tentative.
Le levier ne pardonne pas une mauvaise anticipation, un timing imparfait ou une volatilité imprévue
Et surtout, il amplifie une chose que l’on sous-estime toujours quand on débute : l’émotion.
Quand la technique ne suffit plus
À ce stade, j’avais pourtant l’impression de faire les choses sérieusement.
Je suivais les marchés au quotidien, je lisais des analyses complexes. En fait, je croyais sincèrement comprendre ce que je faisais.
Mais ce que je n’avais pas intégré, c’est que le marché peut rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable. Mais aussi qu’un levier transforme la moindre erreur en sanction immédiate. Au final c’est toujours le marché qui a raison et il ne faut pas l’oublier.
Le problème n’était pas seulement technique. Il était structurel.
Avec du levier le temps joue contre vous, la volatilité devient un ennemi et la marge d’erreur est fortement réduite.
J’ai fini par comprendre, à mes dépens, que le levier n’accélère pas seulement les gains, il accélère surtout la sortie du jeu.
Le retour à quelque chose de plus simple
Après ces expériences, j’étais échaudé. Fatigué.
Et, surtout, conscient d’une chose : continuer ainsi était une impasse.
J’ai alors pris une décision qui, à l’époque, m’a semblé presque conservatrice arrêter totalement le levier.
Je ne voulais ainsi plus utiliser de SRD ni d’options. Tant pis pour les promesses de gains rapides.
Je voulais investir “normalement”. Acheter des actions de qualité. Détenir des parts d’entreprises. Et laisser le temps faire son travail.
Essilor : une leçon de patience (ou plutôt d’impatience)
À l’été 2016, j’ai alors investis dans Essilor. Une belle entreprise. Solide. Leader mondial de l’optique.
Je rentre dans une position avec le prix de l’action autour de 120 €.
Sur le moment, je suis confiant. C’est du long terme, me dis-je.
Mais le marché, comme souvent, ne valide pas immédiatement ce genre de conviction. Quelques mois plus tard, l’action passe sous les 100 €.
Et là… tout change. Non pas sur le marché mais dans mon esprit.
Chaque baisse devient une douleur. Et chaque séance rouge un rappel de mes erreurs passées.
Je regarde la perte latente, non pas comme une fluctuation normale, mais comme une menace.
La crainte et la panique commence à m’envahir. La perte est trop grande pour moi à ce moment-là.
Je vends mes actions autour de 100 €. Sur le moment, je ressens presque un soulagement. La douleur s’arrête et le risque de perte disparaît.
Mais le marché, lui, continue. Et moi, après plusieurs mois de déconvenue, je décide de faire une pause d’investissement boursiers… Cette pause aura duré deux ans.
Le prix de l’impatience
Aujourd’hui, presque 10 ans plus tard, au moment où j’écris ces lignes, l’action Essilor vaut environ 277 €. Je te laisse faire le calcul mais on parle de plus de 8% de rendement annuel.
Ce que j’ai vendu par peur aurait pu plus que doubler, sans levier. Si j’avais pu prévoir l’avenir, je n’aurais alors pas vécu autant de stress quotidien et surement pas pris de décision active.
Cette expérience m’a appris une chose fondamentale : Le plus dur en bourse n’est pas de savoir quoi acheter, mais de savoir tenir. C’est pourquoi on souligne dans un autre article l’important de l’épargne de précaution et d’investir uniquement l’argent dont on n’a pas besoin.
Les leçons que j’en tire aujourd’hui
Avec le recul, ces erreurs ont été coûteuses financièrement, mais extrêmement formatrices.
Voici ce que j’en ai retenu.
1. Espérer des gains rapides est le meilleur moyen de perdre
Les rendements extraordinaires attirent… et détruisent. La bourse récompense rarement la précipitation.
La bourse ne récompense pas non plus l’absence de connaissance.
2. Le levier est un outil, pas un raccourci
Utilisé sans expérience, sans cadre strict et sans capital conséquent, le levier est plus proche d’un piège que d’une opportunité. Il n’empêche pas de gagner évidemment. Mais il reste à manipuler avec précautions.
3. La volatilité est normale
Une action qui baisse n’est pas forcément une mauvaise action. C’est souvent juste… le marché qui décide alors que l’action vaut moins cher. Si votre analyse est bonne, cela n’enlève en rien la valeur de l’entreprise et donc son potentiel de plus-value sur le long terme.
4. Le long terme est un avantage injuste
Le temps est l’allié de l’investisseur patient. Il corrige beaucoup d’erreurs à condition de rester investi. Et bien sûr à condition de pouvoir supporter cette absence de liquidités.
5. N’investir que l’argent qu’on est prêt à perdre
C’est un conseil souvent répété, mais rarement compris. Si une position t’empêche de dormir, elle est probablement trop grosse.
Conclusion : perdre pour apprendre
Je ne regrette pas ces erreurs. Elles font partie de mon parcours.
Elles m’ont beaucoup appris. En particulier que la finance n’est pas une course, l’investissement n’est pas un jeu et que la simplicité est souvent plus efficace que la sophistication.
Aujourd’hui, j’investis différemment. Avec confiance mais beaucoup moins d’ego et de l’humilité. Moins d’attentes irréalistes. Et beaucoup plus de respect pour le temps.
Peter Lynch disait que la bourse transfère l’argent des impatients vers les patients.
Si je partage ce retour d’expérience, ce n’est pas pour me flageller ni pour donner des leçons. C’est pour rappeler une chose simple : la bourse est un formidable outil de création de richesse… mais un professeur exigeants.
Et parfois, ce sont justement ces erreurs qui permettent de devenir, enfin, un investisseur plus lucide, plus patient et paradoxalement, plus performant sur le long terme.
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