Pourquoi je n’ai pas investi mes premiers salaires

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Quand on parle de placements et d’investissement, on s’imagine presque toujours la même chose et le même type d’investissements. De l’épargne de précaution pour les quelques liquidités utiles au quotidien. Mais aussi des livrets, des actions, des ETF ou encore de l’immobilier.
En disant les choses autrement, on pense surtout à un actif financier censé générer du rendement (dividendes, intérêts, revenus) ou de la plus-value avec l’augmentation de sa valeur.

J’ai moi-même cru que tout investissement devait obligatoirement passer par les marchés financiers. Que l’argent “bien utilisé” était un argent placé, immobilisé, optimisé. C’est vrai dans la plupart des cas mais ce genre d’idée ne doit pas être exclusive.
En repensant à mes débuts et à mes premiers salaires, je m’aperçois que mon meilleur premier investissement n’avait rien à voir avec ça.
Ce n’était ni une action, ni un fonds, ni un produit financier mais c’était… une voiture. Oui oui, probablement l’achat qui coûte le plus cher à notre budget mensuel ! Le genre d’objet qui est plutôt assimilé à une dépense irrécouvrable plutôt qu’à un judicieux investissement.

Mes premiers salaires

Comme beaucoup, mes premiers salaires n’étaient pas spectaculaires mais ils ont été décisifs pour la suite de mon évolution financière et personnelle. Ils arrivaient après un été d’efforts et de compromis. J’avais travaillé sur les chantiers pendant les vacances plutôt que de me prélasser avant de débuter l’université. En tant que « non riche », chaque euro comptait pour moi et me permettrait de financer les mois à venir de manière plus sereine.

À ce moment-là, je n’avais pas pour objectif de devenir riche rapidement. Mon objectif était beaucoup plus simple et pourtant fondamental : devenir autonome pour ne pas avoir besoin de soutien financier de la part de mes proches ou des banques.

Pouvoir me déplacer librement était essentiel. Cela me permettait de me rendre sur mon lieu de formation sans dépendre d’horaires imposés. C’est la possibilité de gagner du temps, de l’énergie, et de la flexibilité.

Investir autrement : la liberté avant le rendement

Avec le recul, c’est là que se situe ma première grande leçon. Un investissement n’est pas seulement un actif qui rapporte de l’argent. C’est aussi quelque chose qui améliore durablement ta capacité à avancer. Et donc même si la voiture est un dépense qui vient gréver mon budget mensuel, je pense qu’à un certain niveau, il s’agit aussi d’un investissement dans mon futur.

Effectivement, à ce moment-là de ma vie, la priorité n’était pas d’optimiser un rendement annuel en battant un indice boursier. C’était plutôt de me former, de réussir mes études et de me construire un avenir professionnel solide. Autrement dit, je retardais mes performances financières pour multiplier les gains futurs. Et pour cela, j’avais besoin d’un outil très concret pour favoriser ma mobilité.

Le choix de la voiture : frugal, réfléchi, stratégique

Attention, je n’ai pas acheté n’importe quelle première voiture. A vrai dire, étant frugal depuis mon plus jeune âge, j’avais la capacité de faire l’acquisition d’un véhicule de plus clinquant.
Mais en bon frugaliste (sans encore mettre ce mot dessus à l’époque), je cherchais le meilleur rapport qualité / prix / usage possible. Mes amis de l’époque voyaient plutôt une voiture comme un symbole social, un objet de statut. Ce n’était pas mon cas et je voulait vraiment faire le meilleur achat. Je l’explique d’ailleurs dans l’article suivant : Comment faire une bonne affaire avec une voiture d’occasion.

Après un été de réflexion et beaucoup de recherche sur les annonces en ligne, j’ai fait le choix d’une Citroën C3. Elle était âgée d’environ 10 ans. Elle était équipée d’une motorisation diesel (qui ne consommait que 4l/100km !), le moteur était réputée fiable et elle n’avait que 100 000 km au compteur. Ce kilométrage peut sembler ridicule mais après quelques voyages en dehors de l’Europe, je peux vous assurer qu’un véhicule comme celui-ci n’en était qu’au premier quart de sa vie.

Le prix d’achat ? Moins de 4 000 €. C’était une voiture simple, économique et sans superflu. Je n’avais pas la climatisation (tant pis, j’apprenais à supporter la chaleur) ni même les vitres électriques à l’arrière (peu importe, je n’avais que rarement des passagers). La voiture idéale et parfaitement adaptée à mon besoin réel, celui de me déplacer.

Ce que cette voiture m’a réellement apporté

1. La liberté de mouvement

Grâce à cette acquisition, je n’étais plus dépendant des horaires de transports en commun, de m’assurer des correspondances, de jongler avec les retards et les grèves… Je pouvais aller et venir librement. Cette liberté n’a pas de prix… mais elle a une valeur énorme pour un étudiant qui cherchait à optimiser ses journées.

2. Un gain de temps considérable

Le temps gagné chaque jour est difficile à quantifier précisément, mais il était bien réel puisque mes trajets en voiture réduisait de moitié le temps de ces même trajets en transport en commun. Je bénéficiais donc de trajets plus courts et de moins de fatigue.
C’est du temps que j’ai pu investir ailleurs.

3. Un impact direct sur mes études

C’est peut-être le point le plus important. Ce temps gagné, je ne l’ai pas dilapidé en allant faire la fête ou en scrollant indéfiniment sur les réseaux sociaux.
Je l’ai utilisé pour étudier, réviser, approfondir mes connaissances et me préparer correctement à l’entrée dans le marché de l’emploi. Avec le recul, je suis convaincu que cette décision a contribué directement à la réussite de mes études. Evidemment, j’aurais probablement réussi les examens en me déplaçant en transports en commun. Mais peut être moins brillamment ou au prix de nuits de révisions plus intenses.
Et réussir ses études, c’est souvent associé directement à de meilleures opportunités professionnelles. Celles-ci permettront d’accéder à de meilleurs revenus futurs. Et donc avoir un effet sur les gains futurs bien supérieur à n’importe quel placement à court terme.

La voiture comme investissement à effet indirect

Cette voiture ne m’a jamais versé de dividendes. Elle n’a pas pris de valeur avec le temps et m’a même coûté plusieurs centaines d’euros par année. Là encore, j’avais de la chance car je n’ai pas eu trop de soucis mécaniques et j’ai fait le choix d’un véhicule particulièrement économique.
Et pourtant, je suis convaincu qu’elle a augmenté ma productivité et participé à l’amélioration de ma qualité de vie.

Je vois encore aujourd’hui cette première grosse dépense comme l’outil qui m’a permis de renforcer mes chances de réussite. Un investissement indirect, mais très puissant.

L’importance d’un bon achat

L’histoire ne s’arrête pas là puisque je me devais de l’utiliser consciencieusement.
J’ai fini par garder cette voiture 8 ans. Avec elle, j’ai parcouru plus de 100 000 km. Avec mon choix frugal, j’ai bénéficié d’un entretien raisonnable, une consommation de carburant et de pièces d’usures maîtrisée. Par chance, la fiabilité au rendez-vous. Et à la fin ? Je l’ai revendue environ un tiers de son prix d’achat.
Ce détail est loin d’être anodin puisqu’acheter au bon prix, un bien adapté à son usage, c’est limiter la décote, réduire les coûts cachés et maximiser la valeur d’usage. Bien que la côte réduise de moins en moins vite en fonction des kilomètres et des années, je trouve que le fait de l’avoir vendu à ce prix était une franche réussite. C’était aussi la preuve que j’avais bien acheté dès le départ. Ne dit-on pas qu’un bon investissement commence par un bon achat ?

Beaucoup de pertes financières viennent d’achats émotionnels, de biens surdimensionnés ou de décisions prises pour l’image plutôt que pour l’utilité. Dans mon cas, en choisissant ce véhicule, je n’avais pas de crédit, pas de suréquipement et pas de recherche de prestige. C’était juste un outil efficace pour l’utilité que j’en avais à ce moment-là.

Conclusion : redéfinir l’investissement

Avec le recul, cette décision m’a enseigné plusieurs choses essentielles :

  1. Investir, c’est d’abord investir en soi. Hormis avec un héritage ou un coup de chance à la loterie, la plupart de nos revenus actuels et futurs proviennent de notre capacité à générer de l’argent.
  2. La liberté a une valeur financière réelle. C’est le principe même du concept FIRE. Avec suffisamment de revenus, on peut se permettre de ne plus dépendre de telle ou telle outil/revenu/personne…
  3. Un bon achat est souvent la clé d’un bon placement. Impossible de faire une plus-value maximum si on a déjà trop payé à l’achat.
  4. Le rendement indirect est souvent sous-estimé. Toute dépense et investissement dégage parfois des bénéfices non mesurables financièrement.
  5. La frugalité n’est pas une privation, mais une stratégie pour le futur. A chacun de trouver le juste niveau de frugalité qui lui permettra de s’épanouir tout en atteignant ses objectifs de la meilleure des manières.

Et si je devais recommencer ? Je ferais exactement la même chose.
Investir ses premiers salaires, ce n’est pas forcément ouvrir un compte-titres, acheter un actif financier et chercher un rendement immédiat. Je dirais même que c’est la dernière chose à faire puisqu’il ne faut pas négliger les liquidités et l’épargne de précaution.

Parfois, le meilleur investissement est celui qui t’aide à avancer, t’offre plus de liberté et te permet de construire solidement la suite.

Cette Citroën C3 n’a jamais été un placement financier au sens auquel on l’entend. Mais elle a été l’un des investissements les plus rentables de ma vie. Parce qu’elle m’a permis d’aller plus loin, plus vite et dans la bonne direction.


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