Il y a des dépenses qui ne posent aucun débat. Un loyer, de la nourriture, un ordinateur pour travailler.
Et puis il y a celles qui font hésiter. Celles qui donnent l’impression de mettre beaucoup d’argent sur la table sans garantie immédiate.
C’est exactement ce que j’ai ressenti lorsque j’ai envisagé de passer le CFA (Chartered Financial Analyst).
La formation était coûteuse. Mon employeur ne souhaitait pas la financer. Et la question s’est imposée naturellement : Investir dans sa formation ou investir en bourse ? Comment mon argent sera le plus productif ?
Plutôt que de trancher à l’intuition, j’ai fait ce que tout passionné de finance ferait : j’ai sorti la calculette.
La question de fond : formation ou placement financier ?
Quand on parle d’« investissement », on pense presque automatiquement aux actions, ETF, l’immobilier et autres produits financiers.
Mais investir dans sa formation est aussi une forme d’investissement.
Simplement, les rendements ne sont pas immédiats, garantis et visibles sur un relevé de compte.
Ils prennent la forme de meilleures opportunités, salaires plus élevés, mobilité professionnelle accrue, sécurité de l’emploi…
Encore faut-il savoir si le jeu en vaut la chandelle.
Le scénario de départ : une situation volontairement prudente
Pour éviter toute exagération, j’ai choisi des hypothèses simples et conservatrices.
Imaginons :
- un cadre de 30 ans dans l’informatique,
- avec un salaire annuel brut de 50 000 €,
- qui hésite à financer une formation coûtant 5 000 €.
Deux options s’offrent à lui. Investir les 5 000€ sur les marchés ou investir dans sa formation.
Option 1 : investir les 5 000 € sur les marchés financiers
Première hypothèse : Il décide de ne pas faire la formation et place les 5 000 € en bourse.
Hypothèses :
- rendement annuel moyen de 7 % (proche de la moyenne historique des marchés actions),
- investissement sur 30 ans, jusqu’à la retraite,
- aucun versement supplémentaire et un salaire qui reste figé à 50 000€
Résultat après 30 ans
Avec ces hypothèses, les 5 000 € deviennent environ 38 000 €.
Ce résultat est loin d’être ridicule. Il illustre parfaitement la puissance du temps et des intérêts composés.
Mais ce n’est qu’un investissement ponctuel, fait une seule fois.
Option 2 : investir dans une formation… et investir le surplus de salaire
Deuxième hypothèse : Le cadre investit 5 000 € dans une formation diplômante.
Hypothèses prudentes :
- la formation lui permet d’augmenter son salaire de 3 %,
- son salaire reste volontairement figé à 51 500 € (pas d’évolution de carrière),
- les 3 % supplémentaires, soit 1 500 € par an pendant 30 ans, sont intégralement investis sur le marché,
- le rendement est aussi de 7 % par an.
Aucun effet de levier exagéré ni aucune promotion spectaculaire. Juste un léger différentiel de salaire.
Résultat après 30 ans
En investissant 1 500 € par an pendant 30 ans à 7 %, le capital final atteint environ 142 000 € ! Oui vous avez bien lu…
Soit près de quatre fois plus que l’investissement initial de 5 000 € placé une seule fois.
Pourquoi l’écart est aussi important ?
La différence ne vient pas du rendement ni de l’horizon d’investissement. Il est identique dans les deux cas.
Elle vient de l’effet cumulatif. La formation génère un surplus de revenus, ce surplus est investi chaque année (la discipline est importante dans cet exemple) et les intérêts composés travaillent sur des flux récurrents.
Ici, il ne s’agit plus un investissement ponctuel, mais une machine à produire de l’épargne.
Ce que ce calcul ne prend même pas en compte
Ce raisonnement est volontairement conservateur.
Il ne tient pas compte de ce qu’un diplôme ou une compétence supplémentaire peuvent apporter sur le long terme à une carrière. On pense par exemple à des promotions possibles permettant d’accéder à des postes mieux rémunérés. La capacité à avoir plus de mobilité professionnelle.
La formation peut aussi permettre d’augmenter la sécurité de l’emploi et donc de limiter le risque de période de chômage.
Enfin, qui dit plus de compétences dit souvent meilleures performances et capacité à négocier son salaire.
Autrement dit, le gain réel pourrait être bien supérieur.
Investir dans sa formation : un actif invisible mais puissant
Contrairement aux placements financiers une formation ne s’affiche pas sur un compte-titres, elle ne fluctue pas au gré des marchés et elle ne peut pas être “revendue”.
Mais elle possède des caractéristiques uniques : elle vous suit toute votre vie, elle vous appartient complètement (elle ne peut pas être confisquée) et elle augmente votre capacité à générer des revenus.
C’est un actif extrêmement robuste.
Formation et minimalisme financier : une fausse opposition
Dans une approche frugaliste ou minimaliste, dépenser 5 000 € sans résultats identifiables et mesurables peut sembler contradictoire.
Mais le minimalisme ne consiste pas qu’à dépenser le moins possible, c’est aussi le fait de dépenser mieux. Cette dépense doit être alignée avec vos objectifs, votre vie et votre autonomie future. Ce n’est donc pas une dépense futile mais un investissement stratégique.
Tous les investissements en formation ne se valent pas
Attention toutefois. Ce raisonnement ne signifie pas que toute formation est rentable.
Avant d’investir, il convient de se poser plusieurs questions :
- La formation est-elle reconnue ?
- Améliore-t-elle réellement l’employabilité ?
- Est-elle demandée sur le marché ?
- Correspond-elle à un projet professionnel clair ?
Une bonne formation est un levier tandis qu’une mauvaise formation est un coût irrécupérable.
Conclusion : le meilleur investissement n’est pas toujours coté en bourse
Cette réflexion m’a appris trois choses essentielles :
- Comparer une formation à un placement financier est sain. Cela évite les décisions purement émotionnelles.
- Les investissements qui augmentent les revenus futurs sont souvent sous-estimés. On se focalise trop sur le coût immédiat.
- Le rendement le plus puissant est parfois celui que l’on ne voit pas directement. Celui qui agit en arrière-plan, année après année.
Placer 5 000 € en bourse est une excellente décision. Mais investir 5 000 € pour augmenter durablement sa capacité d’épargne peut être bien plus rentable.
Dans mon cas, ce calcul m’a permis de changer de perspective. Maintenant, je ne voyais plus la formation comme une dépense mais comme un outil de création de valeur à long terme.
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