Il y a des expériences d’investissement que l’on raconte aisément, et d’autres que l’on garde longtemps en soi.
La mienne fait partie de celles qui m’ont marqué profondément. Non pas par une victoire éclatante, mais par une leçon de réalité brutale sur les marchés financiers.
Ce jour-là, tout avait commencé comme un rêve d’ambition. Un rêve teinté d’optimisme, de confiance… et d’une dose de naïveté.
Voici l’histoire brutale de la valeur 2MX Organic, devenu Teract, et comment j’ai vu mon capital divisé par dix dans ce qui, sur le papier, semblait être une belle opportunité…
L’annonce qui promettait une success story
Je suivais les marchés depuis longtemps.
J’avais lu sur les SPAC (Special Purpose Acquisition Company) ces véhicules qui lèvent des fonds en bourse pour acquérir et introduire des entreprises privées et je comprenais leur logique : accélérer l’accès des entreprises au marché public tout en offrant aux investisseurs une possibilité d’entrer tôt dans un projet prometteur.
Le 9 décembre 2020, une SPAC française se listait sur Euronext Paris : 2MX Organic.
Elle avait levé 300 millions d’euros pour faire ce que son nom suggérait : créer un leader européen de la distribution durable, responsable et alternative, en fusionnant avec une entreprise solide dans un secteur porteur.
Le pitch sonnait bien. Il y avait des investisseurs reconnus derrière le projet (Xavier Niel, Matthieu Pigasse ou Moez-Alexandre Zouari), sonnant comme des garants d’ambition et de crédibilité. La stratégie d’acquisition ciblée était cohérente. Le secteur semblait en croissance autour de la distribution durable et responsable, autour de produits bio, locaux ou à impact positif.
Mon investissement : 1 000 euros, puis 2 000 de plus
À l’ouverture, j’ai investi 1 000 € dans le titre 2MX Organic.
Ce n’était pas une somme faramineuse, mais c’était significatif pour moi à l’époque. C’était le fruit d’une économie patiemment constituée.
Puis, lorsque la cible a été identifiée, la distribution intégrée d’InVivo, j’ai ressenti une confirmation sur la trajectoire du projet et décidé d’y ajouter 2 000 € supplémentaires. Etant maintenant convaincu du projet, je voulais augmenter ma participation.
En effet, InVivo n’était pas n’importe qui, c’est un acteur majeur de la distribution spécialisée en jardinerie, animalerie et alimentation, avec près de 1 600 magasins sous des enseignes bien connues comme Gamm Vert, Jardiland ou Bio&Co.
La fusion entre 2MX Organic et InVivo Retail donnait donc naissance à une nouvelle société cotée, rebaptisée Teract.
C’était censé être le début d’un succès européen, un acteur innovant dans la distribution responsable, capable de surfacer dans l’esprit des investisseurs grâce à sa combinaison de tradition, de proximité et d’un modèle économique durable.
Teract : une entreprise ambitieuse… mais un cours en berne
Les débuts étaient encourageants sur le plan institutionnel.
La SPAC, soutenue par des investisseurs expérimentés et un actionnaire majoritaire solide comme InVivo, semblait avoir des atouts sérieux. Mais la réalité de la Bourse est rarement linéaire.
Malgré les ambitions affichées, le cours de l’action n’a cessé de décliner au fil du temps.
Les résultats publiés ne suffisaient pas à rassurer les marchés. Bbien que Teract ait continué d’enregistrer un chiffre d’affaires important (près d’un milliard d’euros consolidé pour l’exercice 2024-2025), ainsi qu’un développement organique de ses marques propres la performance boursière n’a pas suivi.
Aujourd’hui, plusieurs années après l’introduction en bourse, l’action TERACT (code TRACT) est en baisse importante par rapport à ses premiers niveaux post-IPO, avec une chute qui avoisine les -90 % par rapport à mes prix d’entrée initiaux.
Autrement dit, mon capital investi (3 000 € au départ) vaut à son plus bas environ 300 €. Une division par dix. Tout simplement.
Comment on passe d’un espoir à une réalité décapante
Ce genre de scénario pose une question essentielle : Pourquoi une entreprise avec des ambitions solides et une base structurelle respectable peut-elle perdre autant de valeur en bourse ?
La réponse n’est pas unique, mais nous pouvons en percevoir plusieurs aspects :
1. Le marché ne valorise pas toujours l’ambition
Même avec une stratégie intéressante, un secteur porteur et des bons résultats opérationnels, les marchés boursiers peuvent être impitoyables lorsqu’ils jugent que la croissance n’est pas assez rapide, les marges ne s’améliorent pas suffisamment. C’est aussi le cas quand l’environnement macroéconomique est incertain (l’inflation est venue jouer les troubles fêtes) ou que la communication financière n’est pas suffisamment convaincante.
2. Les SPAC ne sont pas des garanties de succès
Les SPAC permettent des introductions en bourse plus rapides et parfois moins coûteuses que les IPO classiques, mais ils impliquent des sponsors qui ont leurs propres objectifs. Ceci laisse une grande incertitude sur la cible jusqu’au moment de la fusion et n’élimine en rien les risques commerciaux ou opérationnels de l’entreprise acquise.
Dans le cas de Teract, même si l’objectif était ambitieux, le marché a soumis l’entreprise à l’épreuve de la performance réelle, et les investisseurs n’ont pas été convaincus par la trajectoire du titre.
3. Le sentiment de marché a changé
Les années qui ont suivi l’entrée en bourse de Teract ont été marquées par des incertitudes économiques, une pression inflationniste, et des marchés parfois volatils.
Même des entreprises plutôt solides peuvent voir leur valorisation se dégrader dans un contexte où les taux d’intérêt montent, les investisseurs se tournent vers des valeurs “défensives” ou la confiance économique baisse.
Quand tout va mal, garder la tête froide
Voir son investissement fondre de près de 90 % n’est jamais agréable.
Emotif, chacun de mes regards vers mon portefeuille était une piqûre de rappel : j’avais fait un pari trop optimiste.
Mais progressivement, j’ai accepté une réalité importante : Un investissement ne se mesure pas seulement à ce qu’il rapporte… mais à ce qu’on est prêt à perdre.
Ce que j’avais oublié à l’époque, c’est que la Bourse est un lieu de risque. Et que les risques ne disparaissent jamais, même lorsqu’un projet est soutenu par des noms prestigieux.
La sortie : transformer une erreur en opportunité
Plutôt que d’attendre l’hypothétique retour à un niveau que j’avais fantasmé, j’ai choisi une autre voie : fermer la position et récupérer ce qui restait (environ 300 €) pour les repositionner ailleurs.
Loin d’être un lot de consolation, c’était une manière de couper la douleur émotionnelle et espérer que ce capital pourrait retrouver un peu de souffle ailleurs.
Ce n’était pas une capitulation émotionnelle. C’était une décision raisonnée et acceptée. Et surtout : une occasion d’appliquer ce que j’avais appris.
À l’heure où j’écris ces lignes, ces 300 € ont été investis dans une autre entreprise dont les performances sont nettement plus satisfaisantes. Je vous invite à lire l’article suivant : De la chute à l’ascension : comment j’ai multiplié par 10 mon capital
Ce qui ne fait pas disparaître la chute passée, mais montre que chaque erreur peut être transformée en tremplin si elle est analysée et non diabolisée.
Ce que cette expérience m’a enseigné
1. L’introduction d’une SPAC n’est pas une garantie de succès
Même avec des investisseurs prestigieux et une stratégie séduisante, le marché boursier n’accorde aucun pardon si les résultats ne suivent pas.
Dans le cas d’une SPAC, il s’agit en fait d’investir dans une coquille vide avec des promesses… c’est de la spéculation, tout l’inverse d’un investissement raisonné.
2. Les valorisations initiales peuvent être trop optimistes
Le storytelling fait partie intégrante de la hausse initiale du cours, mais la réalité opérationnelle finit toujours par s’imposer.
3. La patience est une vertu mais l’impatience n’est pas forcément mauvaise
Dans certains cas, il faut savoir attendre. Je suis encore aujourd’hui convaincu que Teract va devenir un acteur européen de premier plan. Mais je ne saurais pas dire quand cela se produira et quand le cours reviendra à son niveau initial.
Dans d’autres, il faut savoir couper ses pertes pour continuer vers une autre voie potentiellement plus raisonnable.
4. Investir, c’est accepter le risque, pas seulement espérer le gain
On n’investit jamais “sans risque”. On peut seulement gérer son risque intelligemment. Ici, j’aurais peut être dû mettre un stop-loss en place pour couper. Mais j’avais accepté la volatilité et le risque de baisse pour profiter de l’envol.
5. Le plus gros capital est parfois celui qu’on garde pour rebondir
Même un petit restant de capital peut devenir la base d’un rebond, surtout lorsque l’on apprend à mieux l’utiliser.
Conclusion : perdre n’est pas échouer
Diviser un investissement par dix n’est pas une anecdote financière agréable à raconter. Mais c’est une histoire qui façonne ma manière d’investir.
Cette expérience me rappelle deux choses essentielles :
La Bourse n’est pas un casino, même si elle peut y ressembler parfois.
Un mauvais investissement n’est pas une fatalité, tant que l’on sait en tirer des leçons.
J’en suis ressorti plus humble et plus prudent. J’ai amélioré aussi ma capacité d’analyse et je suis maintenant plus lucide sur mes compétences.
Car investir, au fond, n’est pas seulement une question de rendement. C’est une question de résilience, d’observation, d’ajustement… et de conscience de soi.
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